« Santé mentale: En toute honnêteté »

« Santé mentale: En toute honnêteté »

Rien que le nom est effrayant: « santé mentale ». En tout cas, pour moi cela l’est peut-être moins qu’il y a quelques mois. Quand on parle de santé mentale les gens se braquent, se défilent, ce que je peux comprendre. Personne n’a envie d’être traité de fou encore moins accepté que ses amis ou sa famille le soit.

Mais c’est un sujet d’actualité et qu’on le veuille ou non, on en souffre tous un peu. Ou, on en a souffert à un moment où un autre de notre vie. Oui, vous m’avez bien entendue: moi la première. En tant que femme noire, ayant passé mon enfance, mon adolescence et une partie de ma courte vie d’adulte au Cameroun, je sais à quel point cela peut être un sujet tabou. Pour tout vous dire jamais encore je n’avais entendu le mot stress ou dépression dans la vie courante avant d’arriver en Belgique. En bonne amatrice de lecture que je suis ces mots ne m’était pas étranger mais appliqués dans la vie de tous les jours, voir des personnes en souffrir de près ou de loin jamais avant  mon déménagement ici.

Tout d’abord avant de continue sur ma lancé je crois qu’il est important que je définisse un peu ce que représente ces deux mots ensemble parce que séparément ils sont assez vulgaire, mais ensemble assez tabou.

L’expression santé mentale est définie par l’organisation mondiale de la santé comme « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté.  » Personnellement je pense qu’une fois ainsi défini ça devient moins intimidant et plus accessible. Avec cette définition, on comprend, je comprends mieux que « santé mentale » ne veut pas dire folie, quoi que je croie que nous le somme un peu tous sinon où serait le fun?

Maintenant, revenons à mon expérience de cette expression. Dire adieu aux personnes qu’on aime est la chose la plus difficile qui soit, vivant ou mort c’est dur. Personnellement c’est tellement difficile qu’en grandissant je me suis volontairement isolée des autres. Tous ceux ne faisaient pas partis de ma famille était purement et simplement tenue à distance. Forcement vous devez bien vous doutez que cette peur viscérale de perdre ceux que j’aime doit venir de quelque part mais suis-je prête à en parler ici sur ce blog? Non, alors déposez le pop-corn (éclats de rires).

Avec le temps, certaines des personnes qu’on tient à distance, finissent par passer dans les mailles du filet. Et quand c’est le cas on s’accroche à eux désespérément comme à une boue de secours. Jusqu’à ce qu’ils aperçoivent le vrai nous peu importe de quoi il est fait et partent en claquant la porte ou en silence. Ou jusqu’à ce Allah les rappelant à lui nous laissant seuls face à nous même dans le noir avec la douleur et le vide.

La normalité bien qu’elle soit superflu est quelque chose que même sans se l’avouer on aspire tous à être. Ce qui explique sûrement pourquoi même si tout en moi me criait de ne pas le laisser m’embraser, poser ses mains sur moi je n’ai pas protesté. Que j’ai laissé la farce allez aussi loin sans oser protester, laisser mes « nouvelles amies » jouent aux entremetteuses pour moi, après tout avoir un petit ami était la norme. Pendant mes moments de lucidité éclair, une pensée venait me hanter: pourquoi tu acceptes ça? Et la seule réponse rationnelle que j’avais était, elles sont toutes en couple, elles sont normales et pour en quelque sorte être leur amie je dois aussi être normale.

Je ne sais pas si c’était le pire ou le plus comique d’ailleurs dans cette situation. Le fait que quelque part en moi je savais que je n’avais rien à prouver. Surtout pas de cette manière-là, mais dire NON me semblait juste impossible à l’époque. Ou le fait que j’ai laissé la situation dérape autant pour une notion d’un mot aussi versatile que  »normalité ». Mais je m’étais attachée à elles et je ne voulais pas leur dire au revoir, je ne voulais pas être la fille bizarre. Quoique ça ne m’ait jamais vraiment dérangé de l’être mais une fois ici toutes mes fondations ont quelque peu été bouleversées.

Alors pendant quelque temps je me suis juste dis que j’allais être normale, du moins leur genre de normal. Même si dès le départ la relation était vouée à l’échec. (Ne me demande pas comment mais quelquefois on sait quand ça ne va pas marcher mais on s’y accroche quand même.)

Ça m’a demandé énormément de temps pour réapprendre à être moi. À avoir ma propre définition de normal, à me dire à moi-même voilà qui tu es, ce que tu tolères. Et c’est à prendre ou à laisser. À accepter que les gens partent aussi difficile que cela puisse être, à profiter d’eux, du moment présent sans peur. Je vous avouerais que certains jours c’est plus facile que d’autres mais chaque jour je m’améliore. Du côté sentimental mes amies ont finalement compris « i don’t date » tout simplement. Pas seulement à cause de ma religion ou plutôt si, vous expliquez pourquoi serait beaucoup trop long. C’est le sujet d’un autre article que j’ai déjà rédigé d’ailleurs.. Mais je me sens mieux, et elles l’acceptent.

Autant la société a, même de manière inconsciente ce moule, ces attentes réalistes ou non, pour chacun de nous. Autant nous en tant qu’individu sommes conscients de ceux-ci. Et il est facile de se perdre avec tout ça, facile d’oubli d’écouter pas seulement notre corps mais aussi notre tête. Cette petite voix au fond de nous qui nous pousse à remettre en question ce qui est bien pour nous. À parler des choses qui sont importantes pour nous. À écouter notre corps pas seulement quand celui-ci nous y force. N’a le pouvoir que celui qu’on lui accorde. Il est important de ne pas se perdre en tant qu’individu en essayant d’intégrer la société. Car à la fin de la journée il n’y aura pas plus grand perdant que nous.

Cet article c’est ma manière à moi d’ouvrir le débat sur la santé mentale. Avec mon éducation, mon enfance ce n’est pas un sujet qu’on aborde facilement. Le deuil, un accouchement, un déménagement, un nouveau boulot… etc sont autant de facteurs qui peuvent provoque un stress et c’est normal de se sentir dépassé, c’est normale et vous devez pouvoir en parler à votre entourage sans honte, en toute liberté. Je sais que je suis probablement celle qui parle le moins de ses sentiments dans mon entourage. Et que cet article va donne une nouvelle perspective de ce qui s’est passé il y a des années à mes amies.

Et le but, c’est de leur dire à elles qui me connaissent comment j’ai ressenti, et vécu les choses. Leur dire que répondre quand je leur pose la question vice-versa: « comment elles gèrent les gros changements de la vie? ». Ça va, pour ne pas passer pour une drama queen n’est pas une réponse acceptable. Que c’est normal de venir me voir pour me parler de leurs émotions. Des différentes étapes qu’elle traverse et que je serais toujours là prête à écouter sans jugement.

La santé mentale est une réalité de notre société et ce peu importe l’endroit où l’on vit. Ça touche tout le monde de manière différente, à différents stages, peu importe notre classe sociale, notre éducation, notre religion, notre couleur de peau ou encore notre travail. En parler avec un proche ou un total inconnu, est la première étape vers la dé-stigmatisation de cette expression par si effrayante que ça au final.  On doit en parler plus en famille, entre amis, entre frères et soeurs, entre conjoints, au travail, à l’école. Abattez les murs et rendez ça normal pour vous, lui, elle, pour tous. Vous savez déjà qu’aucun de mes articles n’est complet sans une petite citation alors en voilà une que j’aime beaucoup.

Citation:

« Stay strong through your pain

grow flowers from it

you have helped me grow flowers out of mine so

bloom beautifully

dangerously

loudly

bloom softly

however you need just bloom. »

From « Milk and honey » by Ru pi Kaur

 



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